Produits biosimilaires

par : Natasha Mistry, directrice des politiques publiques et des relations avec les intervenants

biologics-woman-testtube.jpgDans le contexte des maladies inflammatoires de l’intestin (MII), les produits biologiques sont des médicaments produits à partir de cellules vivantes qui ciblent et bloquent les molécules causant l’inflammation. Les produits biologiques sont utilisés pour traiter des maladies modérées ou graves et sont habituellement prescrits lorsque les traitements traditionnels de première ligne n’ont pas réussi à améliorer la santé et le bien-être de la personne atteinte. 

À mesure que les protections par brevet viennent à expiration pour les produits biologiques, les fabricants travaillent à élaborer des produits biologiques ultérieurs (PBU), médicaments qui sont semblables au produit biologique innovateur. Au Canada, le brevet de l’infliximab (Remicade) a expiré en 2012 et celui de l’adalimumab (Humira) arrivera à échéance en 2017. En septembre 2013, l’Agence européenne des médicaments (EMEA) a approuvé le premier PBU, soit l’infliximab (portant le nom d’Inflectra), pour traiter la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse. Actuellement, le Canada n’a approuvé aucun PBU pour le traitement des MII; toutefois, cela peut être appelé à changer à mesure que les efforts en recherche et développement progressent. Ce sujet suscite déjà l’intérêt du gouvernement, des organismes comme la Fondation canadienne des maladies inflammatoires de l’intestin et du public en général. Cet article vous donnera toutes les informations nécessaires pour mieux comprendre les PBU. 

À propos des traitements biologiques et des produits biologiques ultérieurs (PBU)

À ce jour, Santé Canada a approuvé deux traitements biologiques pour les personnes atteintes d’une MII :

  • L’adalimumab (Humira) est un anticorps monoclonal autoadministré par injection qui a été approuvé en 2008 pour le traitement des adultes atteints de la maladie de Crohn.
  • L’infliximab (Remicade) est un anticorps monoclonal administré par voie intraveineuse qui a été approuvé pour le traitement des adultes atteints de la maladie de Crohn en 2001. En 2006, il a été approuvé pour le traitement des adultes atteints de la colite ulcéreuse et, en 2011, il a été approuvé pour traiter les patients pédiatriques âgés de 6 à 17 ans.
  • De façon générale, les produits biologiques s’administrent par injection ou par voie intraveineuse (perfusion) pour permettre au médicament de pénétrer dans le tissu musculaire ou dans le sang et d’être filtré par les reins. D’autre part, les médicaments synthétiques, comme l’aspirine, sont produits par des réactions chimiques. Les médicaments synthétiques sont habituellement vendus sous forme de comprimés ou de gélules et sont pris par voie orale afin d’être digérés et éliminés dans les selles. Les médicaments biologiques se distinguent des médicaments synthétiques car ils sont créés à partir ou par des cellules vivantes prélevées d’humains, d’animaux ou de micro-organismes (p. ex. algues, champignons et bactéries). De plus, les structures moléculaires des produits biologiques sont souvent grandes et complexes. Les vaccins, l’insuline et les anticorps monoclonaux sont tous des exemples de produits biologiques. En raison de la complexité de la fabrication des produits biologiques à partir des cellules vivantes, ceux-ci sont plus coûteux et sont relativement difficiles à reproduire de façon exacte comparativement aux médicaments conventionnels, qui sont formés de petites molécules et dont la composition est une structure chimique simple.
  • Le terme « générique » est utilisé pour désigner les médicaments qui contiennent les mêmes ingrédients actifs que le médicament innovateur à petite molécule. Les médicaments génériques sont commercialisés une fois que le brevet du fabricant du médicament d’origine est arrivé à expiration. Selon Santé Canada, l’organisme gouvernemental qui réglemente le secteur des nouveaux médicaments et donne l’approbation de commercialisation de tels médicaments au Canada, un médicament générique canadien « doit être l’équivalent pharmaceutique du médicament innovateur et bioéquivalent à ce dernier. Il doit également avoir la même voie d’administration, et son usage doit s’inscrire dans le cadre des conditions d’approbation de commercialisation qui s’appliquent au médicament innovateur. »[1] De façon générale, les effets secondaires et l’efficacité des médicaments génériques sont les mêmes que ceux des médicaments innovateurs; toutefois, de légères variations ont parfois été rapportées. Les médicaments génériques sont des solutions de rechange économiques aux produits d’origine et aident à abaisser le prix des médicaments sur le marché, ce qui a pour effet d’améliorer leur accessibilité.

Semblable mais non identique

Au Canada, on ne considère pas les PBU comme des produits biologiques génériques. Ils sont peut-être semblables au médicament biologique innovateur, mais ils n’en sont pas des reproductions exactes. Comme les produits biologiques innovateurs, les PBU sont fabriqués à partir de cellules vivantes. Leurs structures moléculaires étant plus grandes et complexes, toute légère variation ou modification de la formule peut entraîner des modifications de la structure du produit qui pourraient potentiellement engendrer des effets cliniques différents. Les fabricants des médicaments innovateurs ne sont pas tenus de partager leurs formules d’origine. C’est la raison pour laquelle il est difficile de créer une reproduction exacte du médicament innovateur. 

Avantages potentiels et défis liés aux PBU

Un avantage potentiel que peuvent offrir les PBU est qu’ils constituent une solution de rechange économique aux produits innovateurs. Les PBU peuvent aider à freiner la tendance haussière des coûts des soins de santé et améliorer l’accès aux médicaments coûteux. On a par le passé assisté à une baisse des prix des médicaments synthétiques innovateurs en raison de l’introduction des médicaments génériques; une situation semblable pourrait survenir par suite de la commercialisation des PBU, c’est-à-dire que ceux-ci pourraient fort bien faire baisser les prix des produits biologiques innovateurs.

Les PBU destinés au traitement de la maladie de Crohn et de la colite ulcéreuse pourraient permettre aux patients de disposer d’un plus grand nombre d’options de traitement, leur éviter des interventions chirurgicales et diminuer les épisodes de poussée active de leur maladie (rechutes). En ce moment, la solution de rechange à un traitement biologique qui a échoué consiste souvent à avoir recours à une intervention chirurgicale. Les PBU permettront d’offrir plus d’options aux patients.

Un des défis potentiels que présentent les PBU tient à l’élaboration et à la mise en œuvre de règlements appropriés. Santé Canada considère les PBU comme des produits indépendants et l’approbation de leur utilisation au Canada ne serait pas considérée comme une déclaration d’équivalence pharmaceutique ou thérapeutique. En outre, Santé Canada n’est pas en faveur de la substitution ou de l’interchangeabilité d’un PBU pour un médicament biologique innovateur. À ce jour, l’Alberta est la seule province/le seul territoire qui déclare ne pas envisager de sanctionner l’interchangeabilité. Malgré ces directives, le PBU risque d’être interprété comme un produit biologique générique par d’autres groupes, notamment les médecins praticiens, les pharmaciens et les promoteurs des régimes d’assurance. 

Les patients doivent se renseigner et poser des questions sur les médicaments sur ordonnance auprès de leur gastroentérologue, médecin de famille ou pharmacien. Les personnes qui répondent bien au traitement avec un produit biologique innovateur doivent être conscientes des risques et des avantages liés à une substitution. Dans certains cas, une substitution peut entraîner la formation d’organismes qui s’opposeront à l’action du PBU et du médicament innovateur. Les médecins praticiens, les pharmaciens et les promoteurs des régimes d’assurance auront besoin d’informations et de conseils adéquats pour savoir dans quel cas précis ils devraient prescrire le PBU ou le produit biologique innovateur. 

Selon les directives de Santé Canada, les fabricants des PBU ne sont pas tenus de fournir le même niveau de résultats cliniques et non-cliniques que leurs homologues fabricants de produits biologiques innovateurs, puisque les données soumises au processus d’examen des médicaments sont fondées sur les informations du médicament biologique innovateur. Santé Canada affirme ce qui suit : « Le fabricant du PBU doit montrer avec rigueur que son ingrédient actif ressemble suffisamment à l’ingrédient actif de l’innovateur pour justifier le moins grand nombre de données cliniques. »[2] Bien que la formule soit semblable, il est toujours impossible de connaître l’impact que de légères modifications dans la structure de ces molécules résultant des différences dans le processus de fabrication pourraient avoir sur les patients. Cependant, contrairement aux médicaments génériques, les PBU doivent subir des essais de phase III sur l’efficacité du médicament afin d’être approuvés. Néanmoins, les données cliniques insuffisantes et relativement peu nombreuses mises à la disposition des chercheurs et des médecins praticiens ne leur permettent pas de bien comprendre l’efficacité et l’innocuité d’un PBU en particulier. 

Un autre défi potentiel réside dans la réglementation du processus d’homologation des médicaments pour des indications multiples, pratique couramment utilisée pour les produits biologiques innovateurs. Par exemple, certains médicaments, comme l’infliximab (Remicade), sont utilisés pour traiter des conditions multiples, notamment la maladie de Crohn, la colite ulcéreuse, l’arthrite rhumatoïde ainsi que d’autres maladies inflammatoires. Chaque nouvelle indication pour un produit biologique doit faire l’objet d’ un processus d’examen séparé et des essais cliniques distincts doivent être menés pour chaque maladie. L’application par extrapolation des résultats sur l’efficacité aux autres maladies est interdite. Des précisions supplémentaires sont nécessaires afin de déterminer si l’application par extrapolation sera permise pour les PBU. Santé Canada affirme que l’extrapolation sera évaluée au cas par cas et dépendra des données scientifiques fournies. Le processus d’examen doit garantir la sécurité du patient ainsi que l’efficacité du médicament pour chaque nouvelle indication approuvée. 

Pour ajouter à la liste des défis, Santé Canada n’a pas déposé de dénomination commune internationale (DCI) unique, aussi connue sous l’appellation de nom moléculaire, pour les PBU. Les DCI permettent de distinguer les différences entre les médicaments. Sans DCI, les médecins praticiens ne peuvent établir de distinction claire entre les PBU et les médicaments biologiques innovateurs. 

Dans le but d’éclaircir certains des défis rattachés à la commercialisation des PBU, Santé Canada a élaboré en 2010 des directives visant à réglementer leur marché. Santé Canada compare les procédés de fabrication des médicaments avant et après pour s’assurer que les résultats pour les patients ne sont pas altérés. Les fabricants doivent répondre à des exigences réglementaires en vertu de la Loi sur les aliments et drogues du Canada. Les médicaments dont les procédés de fabrication font clairement appel à différentes approches ne peuvent faire l’objet d’une approbation. 

Le contexte international

En 2010, les États-Unis ont adopté une loi sur la concurrence des prix des produits biologiques (nommée Biologics Price Competition and Innovation Act) qui établit des lignes directrices sur les PBU et les produits suivis de protéine de suite. En vertu de ce nouveau cadre, les directives doivent être finalisées et l’approbation de commercialisation de tout PBU reste à donner.

L’Agence européenne des médicaments (EMEA) a été un des premiers organes de réglementation à mettre sur pied des règlements officiels pour ce qu’ils appellent les biosimilaires, biogénériques ou « biobetters ». Depuis la création du cadre en 2004, l’UE a approuvé six biosimilaires, en a rejeté un et en a retiré cinq du marché (dont deux qui avaient déjà été approuvés). Plus tôt ce mois-ci, l’EMEA a approuvé la commercialisation de l’Inflectra, qui est un PBU de l’infliximab. L’Agence a approuvé l’utilisation de l’Inflectra pour de multiples indications, notamment pour traiter la maladie de Crohn (chez les adultes et les enfants), la spondylarthrite ankylosante, l’arthrite rhumatoïde, le psoriasis en plaques et le psoriasis. 

En 2009, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi des directives visant à donner un meilleur accès à des PBU efficaces et sécuritaires partout dans le monde grâce à une harmonisation globale du cadre réglementaire relatif à l’approbation des médicaments. Le cadre est utilisé comme modèle pour les nouvelles directives élaborées par les différents pays du monde entier. 

La décision d’utiliser un PBU est personnelle. Vous devriez prendre cette décision en tenant compte de l’avis de votre gastroentérologue, de votre médecin praticien et/ou de votre pharmacien. L’accès à un PBU se fait de la même manière que pour tout autre médicament au Canada, puisqu’il nécessite une première approbation par Santé Canada. Ensuite, les provinces et territoires consultent la liste des médicaments couverts par le régime d’assurance médicaments de la province ou du territoire pour voir si ce médicament s’y trouve. Les assureurs privés doivent également prendre une décision quant à la couverture de ces médicaments par leurs différents régimes d’assurance. Les PBU comportent des avantages et des défis potentiels qui restent encore à déterminer. La Fondation canadienne des maladies inflammatoires de l’intestin (FCMII) continuera de suivre les discussions publiques sur les PBU et de diffuser les nouvelles informations afin d’aider chacune des personnes atteintes d’une maladie inflammatoire de l’intestin au Canada, soit une personne sur 150. 
 


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Cet article a été rendu possible grâce à une subvention sans restrictions pour l’éducation de Janssen.


Références :
1. Attara, G., 2013. Subsequent Entry Biologics, Inside Tract Canada’s Gastrointestinal Disease and Disorder Newsletter, Numéro 185, 12. 
2. Direction des produits biologiques et des thérapies génétiques, Santé Canada. (9 novembre 2009). Fiche de renseignements : produits biologiques ultérieurs (Canada). Hc-sc.gc.ca. Consulté le 13 septembre 2013, au site http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/brgtherap/activit/fs-fi/fs-fi_seb-pbu_07-2006-fra.php . 
3. BIOTECanada, 2012. Produits Biologiques Ultérieurs (PBU). Biotech.ca. Consulté le 19 septembre 2013, au site http://www.biotech.ca/fr/policy-matters/health-bio/seb.aspx.
4. Agence européenne des médicaments, 2013. Inflectra. Ema.europa.eu. Consulté le 19 septembre 2013, au site http://www.ema.europa.eu/ema/index.jsp?curl=pages/medicines/human/medicines/002778/smops/Positive/human_smop_000531.jsp&mid=WC0b01ac058001d127 . 
5. Ghosh, Dr. S., juillet 2013. SEB, 2013 Overview. Conférence donnée dans le cadre du Bioadvance Tour, Richmond Hill. 
6. Direction des produits biologiques et des thérapies génétiques, Santé Canada, 2010. Lignes directrices à l’intention des promoteurs : Exigences en matière de renseignements et de présentation relatives aux produits biologiques ultérieurs (PBU). Hc-sc.gc.ca. Consulté le 6 septembre 2013, au site http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/brgtherap/applic-demande/guides/seb-pbu/seb-pbu_2010-fra.php. 
7. Association canadienne de gastroentérologie, octobre 2012. Revised Consensus on the use of Biologics for Inflammatory Bowel Disease. 
8. Ontario Rheumatology Association, novembre 2012. Position Paper on Subsequent Entry Biologics in Canada.
9. La Société de l’arthrite, mai 2012. Subsequent Entry Biologics and Current Issues Affecting Canadians Living with Arthritis[JB1] .

[1] Direction des produits biologiques et des thérapies génétiques, Santé Canada. (9 novembre 2009). Fiche de renseignements : produits biologiques ultérieurs (Canada). Hc-sc.gc.ca. Consulté le 13 septembre 2013, au site http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/brgtherap/activit/fs-fi/fs-fi_seb-pbu_07-2006-fra.php

[2] Direction des produits biologiques et des thérapies génétiques, Santé Canada. (9 novembre 2009). Fiche de renseignements : produits biologiques ultérieurs (Canada). Hc-sc.gc.ca. Consulté le 13 septembre 2013, au site http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/brgtherap/activit/fs-fi/fs-fi_seb-pbu_07-2006-fra.php.

  • Les taux de ces maladies au Canada figurent parmi les plus élevés du monde.
  • 1 CANADIEN SUR 150 VIT AVEC LA MALADIE DE CROHN OU LA COLITE
  • Pour la première fois, les familles nouvellement arrivées au Canada contractent la maladie de Crohn et la colite
  • Depuis 1995, l’incidence de la maladie de Crohn chez les enfants canadiens de 10 ans et moins a presque doublé
  • Les gens sont le plus souvent diagnostiqué avant 30 ans.