Vaccins

CROHN ET COLITE CANADA : LES PERSONNES ATTEINTES DE MALADIE INFLAMMATOIRE DE L'INTESTIN NE DOIVENT PAS ÊTRE EXCLUES DE LA VACCINATION CONTRE LA COVID-19

En décembre 2020, Santé Canada a autorisé l'utilisation et la distribution de deux vaccins à ARNm contre SRAS-CoV-2, le virus responsable de la maladie à coronavirus-2019 (COVID-19). Dans les essais cliniques, ces vaccins se sont révélés très efficaces pour prévenir l'infection par le SRAS-CoV-2, réduisant le risque d'infection jusqu'à 95 % et d’infection grave jusqu'à 100 %. Les personnes atteintes d’une maladie inflammatoire de l’intestin (MII), ainsi que celles qui prennent des médicaments immunosuppresseurs, ont été exclues des essais cliniques. En conséquence, il existe une incertitude quant à l'efficacité et à l'innocuité de ces vaccins chez les personnes atteintes de MII.
 
Le 12 janvier 2021, le Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI) a publié une mise à jour de ses recommandations du 23 décembre 2020 concernant l'utilisation des vaccins à ARNm contre la COVID-19, indiquant que les personnes atteintes de maladies auto-immunes ou à médiation immunitaire et les personnes immunodéprimées peuvent recevoir le vaccin contre la COVID-19 en suivant un processus de prise de décision partagé incluant une discussion des risques et des avantages associés à la vaccination
 
Malgré les recommandations du CCNI, de nombreux systèmes de soins de santé ont refusé l'accès aux vaccins pour les personnes atteintes de maladies auto-immunes ou à médiation immunitaire, y compris celles atteintes de MII. Ces décisions portent inutilement préjudice aux personnes atteintes de MII par rapport aux autres Canadiens en ce qui concerne la protection contre la COVID-19.

Recommandations

NOUS RECOMMANDONS QUE LES PERSONNES ATTEINTES D’UNE MALADIE INFLAMMATOIRE DE L'INTESTIN NE SOIENT PAS EXCLUES ET QU’ELLES SOIENT AUTORISÉES À RECEVOIR LES VACCINS CONTRE LA COVID-19.

Nos recommandations sont fondées sur les principes fondamentaux suivants :

  1. Il n'existe pas de données probantes sur les vaccins à ARNm chez les personnes atteintes de MII.

  2. Le fait d’exclure les personnes atteintes de MII des vaccins contre la COVID-19 ne respecte pas les principes d'équité inhérents à notre système de soins de santé et à la société canadienne.

  3. Les avantages des vaccins actuels contre le SRAS-CoV-2 peuvent l'emporter sur les risques connus et inconnus chez certaines personnes atteintes de MII.

  4. La possibilité théorique d’une réponse immunitaire réduite à la vaccination ne devrait pas être le seul facteur pris en compte pour décider de vacciner ou non des personnes autrement admissibles et des personnes à risque de contracter la COVID-19.

  5. Les conséquences de ne pas avoir accès aux vaccins peut aggraver encore davantage les difficultés émotionnelles et psychologiques éprouvées par les personnes atteintes de MII. 

Nos recommandations sont les suivantes :

  1. Un diagnostic de MII ne devrait pas être une raison pour exclure quiconque de recevoir l'un des vaccins contre le SRAS-CoV-2.

  2. Les personnes atteintes de MII qui seraient autrement mises en priorité pour recevoir les vaccins actuels contre le SRAS-CoV-2 (comme les travailleurs de la santé de première ligne ou les résidents d’établissements de soins de longue durée) ne devraient pas être dépriorisées en raison de leur diagnostic de MII ou de leur traitement immunosuppresseur.

  3. Les personnes atteintes de MII devraient avoir la possibilité de discuter des risques et des avantages de la vaccination avec leurs fournisseurs de soins de santé et de prendre une décision sur la vaccination en fonction de leurs facteurs de risque individuels et de leur risque de contracter la COVID-19. Le consentement éclairé doit tenir compte du manque de données probantes concernant l’innocuité et l'efficacité des vaccins contre la COVID-19 dans la population des MII, mais aussi du risque sous-jacent de contracter la maladie chez ces personnes selon leurs facteurs de risque professionnels et personnels et la prévalence de la COVID-19 dans leur population locale. ​

Les présentes recommandations sont basées sur les meilleures données actuellement disponibles et sont conformes à celles d’autres organisations professionnelles telles que l’Association canadienne de gastroentérologie et l’International Organization for the Study of Inflammatory Bowel Disease (IOIBD).

Ces recommandations s'appliquent uniquement aux vaccins à ARNm actuellement disponibles, et pas nécessairement aux vaccins qui pourraient être approuvés à l’avenir. La distribution du vaccin est sous le contrôle des gouvernements provinciaux et des autorités sanitaires locales. Votre fournisseur de soins de santé n’a pas d’accès direct au vaccin et n’est pas responsable de l’ordre de priorité établi pour la distribution des vaccins aux différentes populations.
 
Les présentes recommandations sont susceptibles d’être modifiées à mesure que de nouvelles données et informations seront générées. Crohn et Colite Canada pourra réviser ces recommandations lorsque de nouvelles données scientifiques seront disponibles.

FOIRE AUX QUESTIONS SUR LES VACCINS ET LES MII

Que sont les vaccins contre la COVID-19?

À l’heure actuelle, Santé Canada a approuvé deux vaccins : le vaccin à ARNm de Pfizer et BioNTech et le vaccin à ARNm de Moderna. Les vaccins à ARNm ont un nouveau « mécanisme d’action » par rapport aux vaccins traditionnels, qui injectent un virus dilué ou certaines protéines d'un virus. Les deux vaccins à ARNm ciblent la protéine de spicule qui se trouve à la surface du virus (SRAS-CoV-2), la partie du virus qui lui permet de se fixer aux cellules humaines et de commencer à se répliquer.

Les scientifiques ont réussi à isoler la séquence génétique de cette protéine de spicule et à recréer sa séquence génétique (ARNm). En familiarisant le système immunitaire avec l'ARNm de la protéine de spicule du virus, cela déclenche la production d'anticorps contre cette protéine, ce qui permet au corps de combattre rapidement et efficacement les futures infections par le virus intact. 

Quelle est l'efficacité des vaccins à ARNm contre le SRAS-CoV-2 qui sont approuvés par Santé Canada? 

Dans le cadre d’essais contrôlés randomisés à grande échelle, le vaccin à ARNm de Pfizer et BioNTech et celui de Moderna se sont avérés efficaces à environ 95 %. Que signifie un vaccin efficace à 95 %? Le vaccin à ARNm a été administré à environ 15 000 personnes et seulement cinq d’entre elles ont contracté la COVID-19, et aucune n'a été gravement malade. Environ 15 000 autres personnes ont reçu un placebo et 90 d’entre elles ont contracté la COVID-19, plusieurs étant tombées gravement malades. Lorsqu’on compare le groupe vacciné et le groupe placebo, on observe que ces vaccins sont très susceptibles d'empêcher l’infection par la COVID-19 et de réduire la gravité de la maladie si une personne vaccinée la contracte.

Les vaccins contre la COVID-19 ont-ils été étudiés chez des personnes atteintes de MII?

Les vaccins contre le SRAS-CoV-2, le virus qui cause la COVID-19, permettent d’espérer protéger les personnes immunodéprimées, comme celles qui prennent des médicaments immunosuppresseurs pour traiter leur MII. Cependant, l'efficacité et l’innocuité des vaccins contre la COVID-19 n’ont pas encore été déterminées chez les personnes atteintes de maladies à médiation immunitaire ou les populations immunodéprimées.

Les vaccins actuellement approuvés par Santé Canada n'ont pas été étudiés chez les personnes atteintes de MII. En réalité, c’est la première fois que l’utilisation d’un vaccin à ARNm est approuvée chez l’homme au Canada. Les essais randomisés et contrôlés initiaux sur les vaccins ne comptaient pas de personnes atteintes de maladies auto-immunes ou à médiation immunitaire ni de personnes recevant un traitement immunosuppresseur. À l’heure actuelle, les vaccins sont administrés à des personnes atteintes de MII au Canada, en Europe et aux États-Unis, ce qui signifie que des données sur l'innocuité et l'efficacité des vaccins dans cette population seront bientôt disponibles.

Quel effet les MII ont-elles sur l’efficacité des vaccins?

De nombreuses personnes atteintes de MII se voient prescrire des médicaments qui peuvent réduire leur réponse immunitaire (titres d’anticorps inférieurs) après une vaccination par rapport à la population générale. Cela signifie que le vaccin pourrait ne pas protéger aussi bien les personnes atteintes de MII contre la COVID-19 que les autres, ou que ces personnes pourraient avoir besoin de doses de rappel du vaccin en raison de la diminution des anticorps au fil du temps. Cependant, une réponse immunitaire réduite à un vaccin ne signifie pas qu’un vaccin est inefficace.

En général, les vaccins inactivés (comme ceux contre la grippe, le zona ou l’hépatite B) sont largement recommandés chez les personnes immunodéprimées, y compris les personnes atteintes de MII qui prennent des médicaments immunosuppresseurs. Une efficacité réduite due à l’immunosuppression n'est PAS une raison pour éviter d’administrer ces vaccins contre la COVID-19.

Les vaccins contre la COVID-19 sont-ils sans danger pour les personnes atteintes de MII?

Les études sur les vaccins antérieurs (c.-à-d. autres que ceux contre la COVID-19) n'ont pas montré de différences dans le risque d'effets secondaires pour les personnes atteintes de MII par rapport à la population générale. Les nouveaux vaccins à ARNm n'ont pas été étudiés chez les personnes atteintes de MII. Contrairement à d’autres types de vaccins, il existe également peu de données pour la population générale, car il s’agit d’un nouveau type de vaccin, mais cela va changer rapidement compte tenu du grand nombre de vaccins qui sont administrés dans le monde entier.

Il n’y a aucune raison de croire qu’ils seraient plus risqués ou dangereux pour les personnes atteintes de MII. Rien n’indique à ce jour que les vaccins inactivés puissent provoquer des poussées de maladie ou de MII lorsqu'ils sont administrés à des personnes atteintes de MII, mais nous ne disposons pas encore de données à cet effet concernant les vaccins à ARNm.

Les vaccins peuvent-ils déclencher une poussée de MII?

Si les vaccins à ARNm n'ont pas encore été étudiés chez les personnes atteintes de MII, rien n’indique à ce jour que les autres vaccins inactivés puissent provoquer des poussées de MII. Nous n'avons pas de données sur l'utilisation des vaccins à ARNm chez les personnes atteintes de MII à ce stade, mais il est probable que le risque soit faible. En revanche, nous savons que les personnes atteintes de MII qui contractent la COVID-19 interrompent souvent leur traitement immunosuppresseur le temps de se rétablir, ce qui peut alors provoquer une poussée de MII. 

Quelles sont les recommandations canadiennes concernant les vaccins contre la COVID-19 chez les personnes atteintes de MII?

Le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) a émis la recommandation suivante à l’Agence de la santé publique du Canada :

« Le CCNI recommande de proposer une série complète de vaccins contre la COVID-19 aux personnes atteintes d’une maladie auto-immune et appartenant au groupe d’âge autorisé si une évaluation des risques révèle que les avantages l’emportent sur les risques en ce qui concerne la personne, et si le consentement éclairé comprend une discussion sur l’absence de données probantes concernant l’utilisation d’un vaccin contre la COVID-19 au sein de ces populations. »

L’Association canadienne de gastroentérologie a fourni les lignes directrices suivantes :

« Plus précisément, chez les patients atteints de MII ne recevant pas de traitement immunosuppresseur, nous recommandons l’administration du vaccin contre la COVID-19 (forte recommandation, certitude modérée des données probantes). Chez les patients atteints de MII qui reçoivent un traitement immunosuppresseur, nous suggérons l’administration du vaccin contre la COVID-19 (recommandation conditionnelle, faible certitude des données probantes). »

Quelles sont les recommandations de Crohn et Colite Canada concernant les vaccins contre la COVID-19 chez les personnes atteintes de MII?

Le vaccin contre la COVID-19 devrait être proposé aux personnes atteintes de MII, qu'elles prennent ou non des médicaments immunosuppresseurs, après consentement éclairé. Le consentement éclairé doit être basé sur une discussion entre le patient et son fournisseur de soins de santé en tenant compte de l’innocuité du vaccin, du manque de données chez les patients atteints de MII, des facteurs de risque pouvant entraîner une infection grave par la COVID-19 chez le patient atteint de MII, et la prévalence sous-jacente de la COVID-19 dans la communauté du patient. Si le patient souhaite recevoir le vaccin contre la COVID-19 après avoir discuté de ces facteurs avec lui, il devrait lui être fourni.

Ces recommandations sont conformes à celles de l’Association canadienne de gastroentérologie et de l’International Organization for the study of IBD (IOIBD).

Si je décide d’attendre quelques mois avant de recevoir le vaccin, cela signifie-t-il que je ne devrais jamais me faire vacciner contre la COVID-19?

Non! Nous obtenons de nouvelles informations constamment. Si vous et votre fournisseur de soins de santé pensez que votre risque d’infection par la COVID-19 est faible et vous préférez attendre d'en savoir plus sur les vaccins contre la COVID-19 chez les personnes atteintes de MII, c'est votre choix. Lorsque vous aurez davantage de renseignements, vous pourrez réévaluer vos risques et avantages dans quelques mois et réexaminer la possibilité de vous faire vacciner à ce moment-là. Le fait de dire que vous voulez attendre d’avoir plus d’information ne signifie PAS que vous ne devriez jamais recevoir le vaccin.

Où puis-je obtenir plus d'information sur la COVID-19 et les vaccins chez les personnes atteintes de MII?

En mars 2020, Crohn et Colite Canada a créé le groupe d’intervention national COVID/MII. Ce groupe s’est réuni régulièrement depuis le 12 mars afin de formuler des recommandations pour les personnes atteintes de MII durant la pandémie. Les recommandations du groupe d’intervention sont communiquées directement à la communauté des MII dans le cadre des webinaires sur la COVID-19 et les MII de Crohn et Colite Canada, qui ont débuté le 19 mars 2020.

Les webinaires (d’environ 90 minutes) sont co-modérés par le Dr Gil Kaplan et le Dr Eric Benchimol, qui fournissent des mises à jour régulières et animent un segment de questions-réponses avec des panélistes invités. Un enregistrement de chaque webinaire est disponible sur le site Web de Crohn et Colite Canada et sur la chaîne YouTube. La série de webinaires a abordé la question des vaccins contre la COVID-19 chez les personnes atteintes de MII. Ces webinaires se poursuivront tout au long la pandémie pour servir de source de communication auprès de la communauté des MII.

  • Les taux de ces maladies au Canada figurent parmi les plus élevés du monde.
  • 1 CANADIEN SUR 140 vit avec la maladie de Crohn ou la colite
  • Pour la première fois, les familles nouvellement arrivées au Canada contractent la maladie de Crohn et la colite
  • Depuis 1995, l’incidence de la maladie de Crohn chez les enfants canadiens de 10 ans et moins a presque doublé
  • Les gens sont le plus souvent diagnostiqué avant 30 ans.