Porter le poids des maladies inflammatoires de l’intestin

Par Rasheed Clarke

Kilos 4 Colitis a permis de sensibiliser davantage le public aux MII tout en représentant une belle source d’inspiration pour les autres personnes aux prises avec les défis de la maladie de Crohn ou de la colite ulcéreuse.

Chris DiGiovanni venait tout juste de terminer la première année de son programme d’ingénierie lorsque sa santé s’est détériorée. Cet étudiant universitaire a été pris au dépourvu par les aléas classiques des maladies inflammatoires de l’intestin : douleurs abdominales, visites fréquentes aux toilettes et présence de sang dans les selles. Une colonoscopie réalisée en août 2011 a permis de poser un diagnostic de colite ulcéreuse.

« Après le diagnostic, ma première réaction en a été une de soulagement. Nous savions enfin quel était le problème. Je pensais que si ça avait un nom, ça devait pouvoir être traité », déclare Chris.

« C’est dans les jours, les semaines et les mois qui ont suivi que j’ai réalisé la gravité et le caractère permanent de la colite ulcéreuse. Je me suis alors demandé comment le reste de ma vie allait se dérouler. J’ai ressenti du désespoir et j’ai eu l’impression de perdre la maîtrise de mon existence », poursuit il.

Adepte de lutte et de boxe, ce jeune homme s’est tourné vers l’activité physique pour mieux garder le contrôle de sa vie et s’adapter à la maladie. Plus il découvrait des traitements efficaces, plus il passait de temps au gym (et moins de temps aux toilettes). Son intérêt pour les soulevés de terre s’est alors accru.

« Je croyais que la maladie me placerait dans une situation désavantageuse, sur le plan physique, dit Chris. Je savais que je m’épuiserais plus rapidement et que certains jours, j’allais devoir éviter toutes formes d’activité physique. Aujourd’hui, j’ai encore ce sentiment d’être désavantagé. Quiconque a passé du temps avec moi au gym vous dira que je n’exécute pas mes mouvements sans difficulté. »

En 2014, après avoir pratiqué l’haltérophilie de compétition pendant une année et demie, Chris a mis à profit ses prouesses d’athlète dans le cadre d’une campagne de sensibilisation qu’il a appelée Kilos 4 Colitis. 

« Alors que j’étais à me préparer pour une compétition, j’ai réfléchi à mon parcours avec la colite et j’ai décidé qu’il était temps pour moi de jouer un rôle actif dans la défense des droits des personnes atteintes d’une MII. Mon objectif était par-dessus tout de sensibiliser davantage les gens. Les personnes atteintes d’une maladie chronique, quelle qu’elle soit, ne ressentent pas que de la douleur, et un peu de compréhension peut accomplir beaucoup de choses », dit-il.

Le plan de Chris était de donner 50 cents pour chaque kilogramme de ses meilleurs levés à la compétition. Dans les médias sociaux, il a publié des vidéos d’entraînement et des renseignements sur la colite ulcéreuse. Ces publications ont attiré l’attention de nombreuses personnes qui se sont montrées disposées à l’appuyer. Certaines d’entre elles se sont engagées à faire un don correspondant au sien, lequel serait basé sur sa performance à la compétition. D’autres lui ont promis, par exemple, de lui faire don de 5 $ pour chaque flexion des jambes avec 300 lb.

« Ces défis et ces dons jumelés représentent depuis lors le mécanisme de fonctionnement de mon initiative de financement. Les gens disent que c’est moi qui l’ai créée, mais ce sont mes amis, les membres de ma famille, et parfois même de parfaits inconnus, qui lui ont donné forme, qui m’ont aidé à la construire, et qui m’ont permis d’en assurer la réussite », déclare Chris.

Kilos 4 Colitis est devenu un événement de financement annuel qui a permis de recueillir plus de 6 000 $ à ce jour. Il a également donné lieu à la création du blogue du même nom, dont Chris se sert pour documenter son entraînement, ses compétitions et son expérience quotidienne avec la colite ulcéreuse.

« Je dirais que la colite m’a affecté beaucoup plus sur le plan mental dans la vie quotidienne; j’en ai parlé beaucoup par le passé. Au cours des dernières six années et demie, il ne s’est pas passé un jour où je n’ai pas craint pour ma santé », dit Chris.

« Lorsque j’arrive dans un lieu que je ne connais pas, la première chose que je fais encore est de vérifier où se trouvent les toilettes, peu importe le temps écoulé depuis la dernière poussée active de ma maladie. J’ai tendance à suranalyser tout changement dans la manière dont je me sens, et j’ai peur de contracter un jour le cancer du côlon. Les difficultés reliées à la colite ulcéreuse et la gestion que cette dernière demande vont au-delà des symptômes physiques », poursuit-il.

Chris attribue son bien être en bonne partie aux changements qu’il a apportés à son alimentation et à la discipline dont il fait montre dans l’observation de ce nouveau régime. Cette discipline lui est également bien utile au gym, où l’haltérophilie lui sert d’exécutoire et lui permet de mieux faire face à sa situation.

« Parfois, je me laisse prendre par les émotions au gym, plus particulièrement lorsque j’y reviens à la suite d’une poussée active, mais ça n’a rien à voir avec l’haltérophilie. Ces moments d’émotions traduisent la frustration que me fait vivre la colite, ou mon aptitude à la surmonter. Le fait d’avoir l’haltérophilie comme porte de sortie m’a permis de faire face beaucoup plus facilement aux défis, aux peurs et aux déceptions qui viennent avec une maladie chronique. L’haltérophilie m’a donc été énormément salutaire, et j’ai toujours cherché à boucler la boucle en me servant de l’haltérophilie dans le cadre de mes efforts de sensibilisation et de financement », lance-t-il.

En novembre dernier, Chris est arrivé deuxième de sa catégorie à la classique d’automne de l’Ontario Weightlifting Association. Au cours de la prochaine saison, il compte se qualifier pour le championnat provincial de l’Ontario et il continue de servir d’excellent exemple pour les autres personnes atteintes de la maladie de Crohn ou de la colite en montrant qu’il est possible d’accomplir de grandes choses malgré les difficultés amenées par ces maladies.

Chris explique qu’il est important de devenir à l’aise d’être mal à l’aise, car des moments difficiles, il y en a. Toutefois, c’est en demeurant calme et patient durant les pires jours qu’il a pu gérer beaucoup plus facilement son quotidien avec la colite ulcéreuse.

« On éprouve souvent beaucoup de frustration, mais on peut devenir beaucoup plus forts que nous ne l’aurions cru. »
 
Découvrez les expériences de Chris avec l’haltérophilie et la colite ulcéreuse en consultant son blogue à l’adresse Kilos 4 Colitis (en anglais seulement).

  • Les taux de ces maladies au Canada figurent parmi les plus élevés du monde.
  • 1 CANADIEN SUR 150 VIT AVEC LA MALADIE DE CROHN OU LA COLITE
  • Pour la première fois, les familles nouvellement arrivées au Canada contractent la maladie de Crohn et la colite
  • Depuis 1995, l’incidence de la maladie de Crohn chez les enfants canadiens de 10 ans et moins a presque doublé
  • Les gens sont le plus souvent diagnostiqué avant 30 ans.