Immunosuppresseurs

Les immunosuppresseurs, aussi appelés immunomodulateurs, ont été initialement utilisés chez les personnes qui devaient recevoir des greffes d'organes sans risque de rejet, puis ils ont commencé à être utilisés pour traiter les maladies inflammatoires. C'est à partir de là que l'on a découvert que ces médicaments pouvaient également contribuer à réduire l'inflammation dans les MII. 

Que sont les immunosuppresseurs?

Les immunosuppresseurs, également appelés immunomodulateurs, sont des thérapies classiques puisqu'ils existent depuis longtemps. Ils ont un impact sur le nombre ou la fonction des cellules immunitaires (cellules du système immunitaire) et, ce faisant, ils suppriment le système immunitaire afin de réduire l'inflammation causée par ce type de cellules dans notre corps.

Si vous prenez des produits biologiques, il se peut que votre corps veuille rejeter ce médicament biologique. La prise d'immunosuppresseurs en même temps que les médicaments biologiques peut supprimer votre système immunitaire afin de rendre votre organisme moins susceptible de former des antigènes (molécules qui déclenchent une attaque du système immunitaire) contre les médicaments biologiques.Ils peuvent donc contribuer à renforcer l'efficacité des médicaments biologiques. 

Le méthotrexate (p. ex. Metoject®, Rheumatrex®), l'azathioprine (Imuran®), la 6-mercaptopurine (p. ex. Purinethol®), la cyclosporine (Neoral®) et le tacrolimus (p. ex. Astagraf XL®, Envarsus XR®) sont des exemples d'immunosuppresseurs.


retour au sommet

Comment fonctionnent les immunosuppresseurs?

Thiopurines (azathiopurine, 6-mercaptopurine)

  • Ces médicaments tuent les cellules inflammatoires (cellules qui causent l'inflammation), appelées cellules T, en bloquant leur voie TcR responsable de la survie de ces cellules.

  • Ils bloquent également la capacité des cellules inflammatoires à fabriquer de l'ADN, en inhibant la production de la substance chimique "purine" présente dans l'ADN, ce qui empêche la production de cellules inflammatoires.

Méthotrexate

Il empêche une enzyme (ou une protéine), appelée dihydrofolate réductase, de fonctionner. Par conséquent, cela réduit la production d'ADN, d'ARN, de thymidylates (enzymes importantes pour la production d'ADN) et de protéines. Ce processus entraîne à son tour une diminution des niveaux d'inflammation.

Cyclosporine, Tacrolimus

  • Ces médicaments sont moins couramment utilisés, mais plutôt chez les personnes hospitalisées.

  • Ils agissent en bloquant la calcineurine, une enzyme ou protéine responsable de l'activation d'un type de cellules inflammatoires (cellules qui causent l'inflammation) appelées cellules T. En empêchant leur activation, il y a moins d'inflammation. En empêchant leur activation, il y a moins de cellules T actives dans votre corps et donc moins d'inflammation.


retour au sommet

Pour qui les immunosuppresseurs sont-ils utilisés ?

Thiopurines : Pilules orales

Ces médicaments sont utilisés pour traiter à la fois la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse. 

Certaines personnes atteintes de MII prennent ces médicaments seuls pour traiter leur maladie mais aussi pour essayer de réduire leur besoin de stéroïdes.

Ils peuvent également être utilisés en association avec des produits biologiques pour améliorer leur efficacité, par exemple, les personnes atteintes d'une MII pourraient être traitées en même temps par Remicade® et Imuran®. En effet, deux traitements sont parfois préférables à un seul, car ils permettent d'obtenir une meilleure réponse et les immunomodulateurs augmentent les taux sanguins des produits biologiques. Cette combinaison peut également réduire le développement d'anticorps (une réponse du système immunitaire) contre les médicaments.

Ces médicaments sont également utilisés beaucoup moins fréquemment au fil du temps en raison des problèmes de sécurité à long terme qui leur sont associés. 
 

Méthothrexate : Pilules orales, Injections sous-cutanées (sous la peau), Injections dans le muscle

Le méthothrexate est utilisé pour traiter la maladie de Crohn. Tout comme les thiopurines, certaines personnes atteintes de MII prennent ce médicament seul pour traiter leur maladie, ou en association avec des produits biologiques pour les mêmes raisons, mais aussi pour essayer de réduire leur besoin de stéroïdes.

Il est également utile pour l'arthrite et est donc prescrit aux personnes atteintes de la maladie de Crohn ou de la colite qui souffrent également d'arthrite.

Cependant, les données sur le méthothrexate dans la colite n'ont pas été très convaincantes jusqu'à présent et, par conséquent, ce médicament n'est pas considéré comme efficace pour traiter la colite lorsqu'il est utilisé seul.
 

Cyclosporine : Pilules orales, injections, perfusions IV

La cyclosporine n'est généralement pas utilisée par les personnes atteintes de MII. Elle n'est que rarement utilisée pour les personnes atteintes de colite sévère qui sont hospitalisées. 


retour au sommet

Quelle est l'efficacité des immunosuppresseurs?

Voici un résumé de l'efficacité des immunosuppresseurs dans la gestion des MII actives et dans la prévention des rechutes pendant la rémission:

Colite ulcéreuse active

  • L'immunosuppresseur cyclosporine est efficace pour inciter une rémission dans le cas de colite ulcéreuse active.

  • Les immunosuppresseurs azathioprine, 6-mercaptopurine, méthotrexate et tacrolimus ne sont PAS efficaces pour inciter une rémission dans le cas de colite ulcéreuse active.

Colite ulcéreuse inactive (rémission) 

  • L'azathioprine et la 6-mercaptopurine sont efficaces pour prévenir les rechutes dans le cas de colite ulcéreuse inactive.

  • Le méthotrexate n'est PAS efficace pour prévenir les rechutes dans le cas de colite ulcéreuse inactive.

Maladie de Crohn active

  • Le méthotrexate est efficace pour induire une rémission dans le cas de MC active. 

  • L'azathioprine et la 6-mercaptopurine ne sont PAS efficaces pour induire une rémission dans le cas de MC active.

Maladie de Crohn inactive (rémission) 

  • L'azathioprine et la 6-mercaptopurine sont efficaces pour prévenir les rechutes dans le cas de MC inactive.

  • La cyclosporine n'est PAS efficace pour prévenir les rechutes dans le cas de MC inactive.

Pour plus d'informations, consultez votre prestataire de soins de santé ou votre spécialiste des MII. 


retour au sommet

Effets secondaires et risques d'utilisation

Avertissement général

Les personnes qui suivent ces traitements doivent se faire régulièrement analyser le sang pour surveiller des aspects tels que l'état de leur foie et leur numération sanguine. En effet, chez certains patients, les immunosuppresseurs ont un impact sur la moelle osseuse, ce qui entraîne une diminution du nombre de globules blancs (cellules faisant partie du système immunitaire).


Azathioprine et 6-mercaptopurine

Les effets néfastes de l'azathioprine et de la 6-mercaptopurine peuvent inclure des nausées, des réactions allergiques, une pancréatite aiguë (inflammation du pancréas), une hépatite (inflammation du foie), un risque accru d'infection, une malignité (risque faible mais accru à long terme de développer un lymphome et un cancer de la peau sans mélanome), et une myélosuppression (suppression de la moelle osseuse).

La moelle osseuse est l'endroit où les cellules sanguines sont fabriquées, et la suppression de la moelle osseuse signifie moins de globules blancs, de globules rouges ou de cellules de coagulation du sang dans le corps. Comme la suppression de la moelle osseuse peut survenir à tout moment pendant le traitement, il est recommandé aux patients de subir régulièrement des analyses sanguines pour vérifier la présence d'une leucopénie, c'est-à-dire une réduction des globules blancs. 

Si vous présentez des symptômes graves du type grippal ou des douleurs abdominales pendant que vous prenez de l'azathioprine ou de la 6-mercaptopurine, arrêtez le traitement et appelez votre médecin immédiatement. 

Méthotrexate

Les effets néfastes du méthotrexate comprennent l'hépatotoxicité (dommages au foie), la pneumonie (inflammation des poumons), un risque accru d'infection, la malignité, l'alopécie (perte de cheveux), la stomatite (inflammation douloureuse à l'intérieur de la bouche) et la myélosuppression.

Si vous souffrez d'essoufflement et de toux pendant que vous prenez du méthotrexate, vous pourriez avoir une réaction allergique et vous devriez appeler votre médecin immédiatement.

Le méthotrexate est également tératogène (contre-indiqué pendant la grossesse), ce qui signifie que les personnes enceintes ne doivent pas prendre ce médicament. Vous devez utiliser une contraception adéquate et être consciente que ce médicament peut provoquer une perte de grossesse. En fait, il était utilisé historiquement pour provoquer des avortements en raison de son effet puissant sur la grossesse. 

Ce médicament doit être pris avec de l'acide folique pour réduire certains des effets secondaires associés au méthotrexate. 

Cyclosporine et tacrolimus

Les effets néfastes de la cyclosporine et du tacrolimus comprennent la toxicité rénale (dommages aux reins), l'hypertension, l'hirsutisme (pilosité excessive), les maux de tête, les infections opportunistes (infection causée par des bactéries, des virus, des champignons ou des protozoaires), les convulsions et la paresthésie (picotements dans les jambes, les bras, les mains ou les pieds).

Immunisations et vaccinations 

Si vous prenez des immunosuppresseurs, vous devez éviter de vous faire vacciner par des vaccins vivants à partir de trois semaines avant de commencer ce type de médicament. Vous ne devez pas vous faire vacciner pendant que vous prenez des immunosuppresseurs, jusqu'à trois à six mois après avoir arrêté. Vous devez également éviter toute personne ayant récemment reçu un vaccin vivant, et éviter le vaccin nasal contre la grippe.


retour au sommet

Ressources

Vidéo : Immunomodulateurs et maladies inflammatoires de l'intestin

Regardez cette vidéo (7 min) pour en savoir plus sur les immunomodulateurs/immunosuppresseurs utilisés dans le traitement de la maladie de Crohn et de la colite ulcéreuse, notamment sur le mode d'action de ces médicaments dans les MII, leur utilisation, les types de patients qui peuvent avoir accès à ces médicaments, les avantages potentiels, les effets secondaires et les risques. Cette vidéo est en anglais et la version française sera bientôt disponsible.

Conférencier : 

Le Dr John K. Marshall (MD, MSc, FRCPC, CAGF, AGAF), professeur de médecine, directeur de la division de gastroentérologie, Université McMaster.


retour au sommet


Dans cette section

Retour à Parcours de la MII